Tissé Métisse
Je n'ai reçu qu'une réponse et ensuite j'ai découvert qu'une association avait publié le texte, sans autorisation ou merci. Cette façon de faire passer les pensées de quelqu'un comme celles d'un des leurs m'a irrité (sans surprise, il faut dire ; la récupération est un des sports préférés à Boboville)
Tout recemment j'ai découvert les blogs et il m'a paru que pour diffuser des idées, et pour empêcher le plagiare ils représentent une solution.
Donc ce post est une réedition du mél d'origine.
Quelques mots en préface de Tissé Métisse.
LINTELLIGENCE DU LIEU
Parmi ces pierres historiques
Dans les lieux de culte
Dits démocratiques
Se parlent entente, tolérance,
( citant l'édit de Nantes )
Mais ce nest que le cul qui pète,
Voila que pense la tête :
La Loire, à Nantes,
Lave plus blanc que blanc.
L'étranger est bienvenu.
Ici il peut faire sa place
Mais attends ! De l'évêque
De Rome émana cet avis :
Ce sont pas des humains
Mais bêtes, des vaches à traire, à battre.
Et voila que pense la tête :
La Loire, à Nantes,
Lave plus blanc que blanc.
Diversité fait bonheur.
En fait, ta culture nous branche
Peu. Ici on métisse - dans
Une bouillie ( sans grumeaux,
Sans saveur ) noie tout sens.
Et, d'ailleurs, tu connais qui ?
Et voila que pense la tête :
La Loire, à Nantes,
Lave plus blanc que blanc.
Le communautaire nest pas
Notre truc. Mixité fait notre
raison. Cest le hasard si
Certaines cités vous concentrent
( Et cest par votre faut si
Le chômage y réside ).
Et voila que pense la tête :
La Loire, à Nantes,
Lave plus blanc que blanc.
Pendant une journée la culture métissée" est à l'affiche. Le terme en lui-même est absurde. La culture na jamais été autre que métissée : Tchaïkovski s'est inspiré de Shakespeare qui s'est inspiré des histoires italiennes ; les impressionnistes et les nabis des estampes japonaises ; les cubistes de la sculpture africaine ; le jeu des échecs vient de Inde et les influences qui font le jazz sont innombrables.
La journée s'affiche aussi comme journée "militante contre la discrimination". Mais cette culture métissée, en quoi représente-t-elle ce qui se passe dans les quartiers de Nantes et la vie des populations d'origine étrangères ? N'est-ce pas plutôt un mélange savamment choisi en fonction du bon goût d'une classe moyenne ? Pour les associations qui participent, elles attendent élargir l'audience de leur message, mais, par rapport au public qui passe devant leurs stands (10,000 ?), combien de contacts nouveaux font-elles ? Si elles faisaient cette évaluation, elles vont trouver que le rapport entre l'effort et temps investis pour participer et l'effet réel de leur participation rendra leur présence ridicule.
En fait, elles participent à une mise en scène médiatique - dans un des hauts lieux du capitalisme nantais on fait joujou avec l'alter-mondialisme et le post-colonialisme. Mais cela ne dure pas longtemps, une douzaine d'heures, le temps suffisant pour véhiculer le message du "climat de tolérance" que notre charmante municipalité veut faire entendre. Les associations militantes sont là comme décor - une guirlande pour cet arbre de Noël.
Dans une ville où la culture est réduite à une stratégie de communication médiatique, qu'est-ce qu'il se passe pour les étrangers pendant les 364 jours du reste de l'année ? Surtout sachant que le faible pourcentage de la population immigrante (où plutôt son invisibilité) est un argument de vente de la ville à létranger.
Comment se passe-t-il dans les quartiers bien éloignés du centre ? Là où les populations d'origine immigrée habitent ou plutôt vivotent. Ils vivent dans un néant, un monde ou les notions de "projet professionnel" ou "projet de vie" n'ont du sens que pour des assistants sociaux impuissants et des agents d'ANPE incompétents. Trahis par l'école élitiste qui, en laissant de coté le projet du ZEP tout autant que celui du collège unique, les a largués sans formation initiale et sans moyens d'accéder à un métier. Donc ça train, ça traîne sans sens ou motivation.
Quelqu'un d'origine étrangère se trouve devant une culture colonialiste (en voie de mutation incertaine, faut de territoires colonisables) dont la qualité essentielle est la croyance dans la domination naturelle par une race supérieure prétendue ethniquement pure. L'objectif du colonialiste est d'assurer la docilité du colonisé tout en affirmant le naturel de cet ordre et l'infériorité de ce dernier. Ceci explique le cynisme et l'attitude manipulatrice de la majorité des équipes qui travaillent dans les quartiers et auprès des populations étrangères. Parce que c'est une population inférieure nous décidons pour eux car ils ne sont pas capables d'élaborer leurs propres projets (nous le savons car c'est nous qui validerions les projets s'ils y en avaient). En même temps, parce que nous décidons pour eux, nous le jugeons inutile de leur donner les informations et la formation nécessaire pour formuler des projets crédibles. Ainsi nous pouvons leur expliquer leurs insuffisances jusqu'à ce que la quiétude soit atteinte.
Face au monolithe de la pureté ethnique du pouvoir colonialiste, l'étranger se trouve avec deux stratégies. Le premier, le mimétisme, consiste en l'essaie de conformité à la culture colonialiste : conformer aux règles (comme sur un terrain de foot - n'est-ce pas), de réussir à l'école etc. En ce faisant, l'acteur espère trouver sa place, un travail, un logement et, en bref, tout ce qui correspond à un projet de vie. Mais ses origines ne le quittent pas, surtout dans les yeux des employeurs ou propriétaires chez qui la simple lecture d'un nom étranger finira en le classement de leurs candidatures dans la poubelle.
Si cette première stratégie mène à léchec, la deuxième nest pas meilleure. Notre ami se retourne vers le mythe de la diaspora. Il s'agit, en effet d'élever son ethnicité en contre-pouvoir, comme une résistance. En même temps il s'ouvre à toute sorte d'intégrisme car, n'habitant plus le lieu géographique de cette culture, il ne la connaît pas dans son quotidien et ses évolutions et manque, ainsi, les repères pour juger si certaines propositions la représentent réellement. Beaucoup qui vont au bled se trouve autant étranger là bas qu'ici.
Privé d'adhésion sociale des deux côtés, il se trouve dans un espace hybride. L'espace hybride n'est NI l'un NI l'autre, tout autant qu'il est ET l'un ET l'autre. Dans la pensée binaire jacobine, cartésienne ou, encore monothéiste il est un espace impossible. Pour quelqu'un aussi inculte que J-M A, il est inimaginable.
Néanmoins l'hybride habite cet espace, c'est son identité. Cet espace est aussi la zone de frottement entre les cultures plurielles qui constituent son hybridité, où elles se trouvent interpellées, mises en question, dérangées et menacées les unes par les autres. C'est donc, malgré les volontés de ceux qui l'habitent, un espace fortement politisé. Cest un espace d'un potentiel de richesse incroyable ou l'enfer. D'où le besoin d'une réelle expression et une voix pour eux sur la place publique.
Dans une ville dont la gestion est purement foncière - où toute vision, tout projet social est absent et où son seul objet est l'exercice et la consolidation du pouvoir d'un seul homme, quelle est la place de l'étranger ? Dans une ville où la démocratie locale est détournée en exercice de communication seigneuriale où est la voix de létranger ?
Combien y a-t-il de postes à la ville de Nantes qui sont occupés par des personnes issues d'immigration, et quelle est la correspondance avec la proportion de la population du même type sur le territoire ? Combien de ces postes sont en adéquation avec le niveau de formation de ceux qui les occupent ? Sont-ils dans des services centraux ou en satellite dans des quartiers sensibles ? Tout comme la seule hirondelle ne fait pas le printemps, quelques Beurs de service ne font pas lintégration sociale.
Pourquoi, dans les formules de demande dHLM la première question sur le postulant est de savoir sa nationalité (de monsieur et de madame, sil vous plaît !), si ce nest pas pour faire un tri social ?
Oncle Tom
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